Un peu plus sur le Vietnam ...
La carte du Vietnam
Les cartes

En Résumé


En Résumé
État de l'Asie du Sud-Est, limité au nord par la Chine, à l'ouest par le Laos et le Cambodge, bordé à l'est par la mer de Chine méridionale.
Après une longue période de guerres puis une tentative de construction d'une économie planifiée, le Viêt-nam s'est engagé, depuis la fin des années 1980, dans une politique de libéralisation économique, qui le rapproche progressivement des autres pays du Sud-Est asiatique. Les progrès accomplis ont permis le redressement de la balance vivrière. Toutefois, malgré l'amorce d'un processus d'industrialisation, l'évolution économique, si significative soit-elle, affecte encore peu un régime politique rigide, enfermé dans un système de parti unique.
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Géographie Physique
S'étirant du Nord au Sud sur 1 600 km, de Mong Cai, sur la frontière chinoise, à la pointe de Camau, le territoire du Viêt-nam (329 560 km2) n'a qu'une cinquantaine de kilomètres dans sa région la plus étroite, entre Vinh et Huê. Bordé par un littoral de plus de 3 000 km, il occupe le rebord oriental, fortement redressé, de la péninsule indochinoise ; les montagnes et les hauts plateaux couvrent plus de la moitié du territoire, et les plaines, rares et étroites, ne s'épanouissent qu'aux extrémités nord et sud du pays, dans les deltas du Sông Koi (fleuve Rouge) et du Mékong, qui constituent aussi les principaux foyers de peuplement du pays.
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Relief et Hydrographies

Au nord, les monts du Bac Bô (ancien Tonkin) forment un éventail de chaînes vigoureuses de 2 000 à plus de 3 000 m d'altitude (3 143 m au Fan Si Pan), qui s'étendent de la frontière chinoise à la porte d'Annam et encadrent la plaine deltaïque (15 000 km²) du Sông Hông (fleuve Rouge). Ces montagnes, constituées de roches anciennes, surtout d'âge primaire (granite, calcaire, schiste), sont tranchées en gorges, ou en canyons, par le Sông Koi et le Sông Da (rivière Noire), qui n'élargissent leurs vallées qu'à la traversée d'affleurements de roches plus tendres. Le Sông Hông est un fleuve très dangereux en raison de ses fortes crues; depuis deux millénaires, le peuple vietnamien tente de l'endiguer. Son débit peut passer de 500 m3/s en période d'étiage à plus de 35 000 m3/s lors de crues exceptionnelles, qui menacent d'inonder la basse plaine qu'il domine alors de 8 mètres.

Plus au sud, au centre du pays, dans le Trung Bô (ancien Annam), la «Cordillère annamitique» (Truong Son, culminant à 2 598 m au Ngoc Linh), est bordée d'étroites plaines côtières généralement peu favorables à l'agriculture, ce qui ne les empêche pas d'être très densément peuplées; très étroit au nord, le bourrelet montagneux de la «Cordillère annamitique», dont la consolidation date de la fin du secondaire, correspond au rebord oriental du socle indochinois; il s'élargit au sud du Quang Nam, où il devient un vaste massif cristallin (1 600 à 1 800 m), localement recouvert d'épanchements basaltiques quaternaires, à l'origine des meilleurs sols cultivables du pays (plateau du Dac Lac, régions de Buôn Me Thuôt, Bao Lôc,...).
Au sud, dans le Nam Bô (ancienne Cochinchine), s'étend la plus vaste plaine du pays (67 000 km²), qui correspond au delta du Mékong, fleuve puissant, dont le débit peut atteindre 50 000 m3/s lors de ses hautes eaux en septembre et en octobre. Son delta progresse vers le sud-sud-ouest, surtout par la rupture des berges de la rive droite de son principal défluent, le Bassac. Ses plaines occidentales, dites du Transbassac, ont fait l'objet, à l'époque coloniale, d'importants travaux de drainage, qui ont permis de gagner près de 1,5 million d'hectares de nouvelles terres favorables à la riziculture, faisant de la Cochinchine le grenier à riz du pays.
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Climat et végétation
Le Viêt-nam, qui s'étend de 9° à 23° nord, est soumis, comme le reste de la péninsule indochinoise, à un climat tropical de mousson, avec toutefois des nuances sensibles que lui vaut sa grande extension en latitude. À Hanoi, dans le Nord, on distingue ainsi un hiver, avec une température moyenne en janvier de 17,2 °C, contre 26 °C à Hô Chi Minh-Ville (ex-Saigon). En revanche, les étés sont partout chauds et humides. Les pluies, abondantes, atteignent 1 800 à 2 000 mm par an, voire davantage en altitude. Elles proviennent principalement de la mousson du Sud-Ouest; la saison des pluies s'étend de mai à octobre dans le Nord, de juillet à janvier dans le Centre, et de juillet à novembre dans le Sud. Les typhons, qui balaient les côtes d'Annam et du Tonkin de juillet à octobre, augmentent ces précipitations. Situé à une latitude plus méridionale, le Nam Bô est moins arrosé.
Cette diversité climatique se traduit aussi dans le couvert végétal. Aux forêts mixtes du Tonkin associant essences tempérées et tropicales s'opposent les forêts tropicales, plus luxuriantes, des plateaux de terres rouges du Sud. Sur une couverture gréseuse aux sols pauvres et secs prédomine au contraire une forêt claire, dont le tapis herbacé brûle régulièrement en fin de saison sèche. Mais les forêts ne couvrent plus aujourd'hui que 21 % du territoire, contre 48 % en 1943. En effet, aux défrichements agricoles très importants s'ajoutent les ravages causés par les quantités énormes de défoliants («agent orange», entre autres), que les États-Unis ont déversés pendant la guerre du Viêt-nam. On estime que 20 000 km² de forêts et de terres cultivables sont devenues ainsi irrécupérables, entraînant la perte de l'une des principales richesses naturelles du pays.
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Population
Fortement marqué par la Chine, le Viêt-nam présente à peu près la même diversité ethnique et les mêmes caractéristiques démographiques que les autres pays du Sud-Est asiatique.
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Les principaux groupes humains

Les Vietnamiens, qui constituent 86,8 % de la population [1995], se concentrent dans les deltas du Sud et du Nord, la plaine littorale et les agglomérations urbaines. Sans doute originaires de la Chine du Sud, ils sont le seul peuple de l'Asie du Sud-Est à avoir été profondément marqué par la civilisation chinoise, dont ils ont reçu les grandes religions (bouddhisme, taoïsme), la pensée confucéenne, l'écriture idéographique (jusqu'à la colonisation française), les modèles d'organisation politique et administrative, ainsi que de nombreuses techniques. Des Chinois, ils ont également hérité la construction des maisons; celles-ci sont édifiées à terre et non sur pilotis comme dans la majorité des pays du Sud-Est asiatique. Le régime communiste a fait reculer, semble-t-il, le confucianisme et le taoïsme, alors que le bouddhisme, le catholicisme ou encore le caodaïsme, dans le Sud, sont restés des religions ou des croyances très vivantes.

Les minorités ethniques sont très variées. Au Tonkin, Thaïs (Thaïs blancs, Thaïs noirs... selon la couleur des vêtements des femmes) et Muongs occupent les vallées de la moyenne et de la haute région, où ils pratiquent une riziculture irriguée proche de celle des Vietnamiens, dont ils diffèrent toutefois par la langue, la religion, les traditions. En altitude, ils sont relayés par des Tibéto-Birmans (Yis), les Tay, les Nungs, les Yis ou Lolos, puis, au-dessus de 800 à 900 m, par les Méos et les Yaos, spécialisés dans la culture lucrative du pavot à opium.
Les montagnes du centre et du sud de la cordillère annamitique sont occupées par des Proto-Indochinois, qui constituent avec les Khmers le peuplement originel de la péninsule. Ces populations, dont le nombre avoisine le demi-million, se divisent linguistiquement en deux groupes: l'un au parler môn-khmer (Sédangs, Mnongs, ou Moïs...), l'autre à langue malayo-polynésienne (Jarais, Rhadés...). Ces minorités restent attachées à leurs cultes animistes et à leur genre de vie traditionnel, fondé sur les cultures sur brûlis (miir), la chasse et la cueillette.
Les minorités du Sud sont très distinctes des précédentes. Les Chams, près de 50 000 âmes, descendants des anciens habitants du royaume du Champa, sont principalement groupés autour de Phan Rang. Les Khmers, environ 500 000 personnes, se concentrent surtout dans les provinces du Transbassac, où ils restent fidèles à leur langue et à leurs traditions. Les Chinois d'origine, environ un million d'individus, sont surtout présents dans les villes, notamment à Cholon, où ils ont longtemps dominé le commerce du riz.
La langue officielle est le vietnamien. Les minorités pratiquent leur langue: chinois, khmer, et différents parlers issus du miao-yao, du thaï, du môn-khmer, et de langues austronésiennes.
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Une population en fort accroissement
En dépit des lourdes pertes dues à trente années de guerres, la population a fortement augmenté, passant de 20 millions d'habitants au lendemain de la Seconde Guerre mondiale à 79,5 millions [estimation 1999]. Mais la politique de contrôle des naissances menée par le gouvernement tend à réduire cet accroissement. Il est ainsi tombé de 3,2 % à 1,6 % [estimation 1997] au cours des vingt dernières années. La population, à près de 80 % rurale, se concentre dans les plaines rizicoles du pays, où les densités atteignent fréquemment 800 à 1 000 h./km2, voire plus dans les deltas du Nord.
Les villes, surtout dans le Sud, ont connu le départ d'une partie de leur population après la victoire communiste de 1975; elles ont compensé rapidement ces pertes, surtout l'agglomération d'Hô Chi Minh-Ville, qui a retrouvé, avec 4,3 millions d'habitants, son ancien niveau démographique. L'agglomération de Hanoi, la capitale, compte plus de 3 millions d'habitants [1994]. Viennent ensuite: Haiphong (1,5 million d'habitants), Da Nang (369 730 habitants), Can Tho (284 300 habitants), Nha Trang (263 100 habitants), Huê (260 490 habitants), Nam Dinh (219 615 habitants).
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Économie

Avec un PNB per capita de 326,3 dollars [1998], le Viêt-nam reste l'un des pays les plus pauvres de la planète, mais la politique de renouveau économique (Dôi-Moi) menée par le gouvernement depuis dix ans porte ses fruits. Depuis 1994, la croissance économique dépasse les 8 %; en 1998, toutefois, à la suite de la crise financière et monétaire intervenue dans divers pays du Sud-Est asiatique, l'objectif d'une croissance de 9 % fixé par le gouvernement, est jugé irréaliste par les institutions internationales. Le gouvernement s'efforce de rééquilibrer le développement économique, qui s'effectue principalement dans le Sud, au profit de la région de Hanoi.
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Agriculture
L'agriculture occupe 67 % de la population active et représente 36 % du PNB. Les cultures vivrières sont en forte expansion, surtout celle du riz paddy, dont la production est passée de 16 à plus de 26 millions de tonnes de 1986 à 1996, libérant depuis quelques années des excédents exportables. Ce succès est pour l'essentiel dû à la décollectivisation des terres, intervenue en 1986, avec attribution aux familles paysannes de «concessions» foncières, qui ont à peu près valeur de propriété définitive. Les cultures de plantation dans le Sud ont beaucoup souffert des défoliants chimiques déversés pendant la guerre; elles se développent plus difficilement, notamment les anciennes plantations d'hévéas, qui ont beaucoup vieilli (202 000 ha, 132 000 t de caoutchouc naturel) [1996]. En revanche, les plantations de théiers (60 000 ha) et de caféiers (11 500 ha) sont plus dynamiques.
La pêche maritime (1,1 million t) [1994] reste modeste par suite du vieillissement de la flotte, mais l'aquaculture est en pleine expansion, comme dans le reste de l'Asie du Sud-Est.
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Industrie

Principalement situées dans le Nord, les réserves minières (étain, phosphate, zinc) et énergétiques (houille) ne sont pas négligeables. Dans le Sud, les réserves de pétrole sont évaluées à 68 millions de tonnes et les récentes campagnes de prospection menées en mer semblent prometteuses; le Viêt-nam doit toutefois tenir compte des revendications chinoises et philippines pour l'accès aux ressources halieutiques et minières du plateau continental de la mer de Chine méridionale. L'hydroélectricité se développe, avec un potentiel de 300 milliards de kWh.


Le secteur industriel qui représente 18 % du PNB [1994] et 9 % de la main-d'œuvre active [1994], connaît une forte croissance par suite de la renaissance du secteur privé et de l'apport des capitaux étrangers. Ceux-ci peuvent être doublés avec les fonds de la diaspora chinoise, dont la présence est moins perceptible. La principale industrie pour la production en valeur est celle du textile. Suivent, mais d'assez loin, les industries chimiques, celle de la construction, dynamisée par le boom de l'immobilier, et les diverses industries mécaniques.


Les structures et la gestion de ce secteur industriel n'évoluent que très progressivement. Les industries lourdes relèvent toujours de sociétés d'État, sous contrôle direct de leurs ministères de tutelle, alors que les petites et moyennes entreprises appartiennent majoritairement aux administrations provinciales et locales ou relèvent de coopératives.
Dans l'ensemble, ces entreprises publiques ou parapubliques sont peu efficaces: 30 à 40 % d'entre elles, selon les catégories, perdent de l'argent, seules les subventions publiques répétées leur permettent de survivre. Depuis 1991, elles ont acquis une autonomie de gestion, mais les véritables espoirs de l'industrialisation se portent sur un jeune secteur privé aux performances économiques prometteuses.
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Les services
Les services (43 % du PNB, 22 % de la main-d'œuvre active) [1994] sont caractérisés par le développement du commerce privé, en liaison, notamment, avec le spectaculaire essor du tourisme (1,6 million de visiteurs étaient attendus en 1994). Une remarquable floraison de grands hôtels internationaux transforme rapidement les paysages urbains, surtout à Hô Chi Minh-Ville, en passe de devenir l'une des grandes places touristiques de l'Asie du Sud-Est.
Le redressement économique du pays s'affirme, sans pour autant effacer toutes les difficultés. La pauvreté du pays reste grande. Le chômage reste élevé et le sous-emploi n'est sans doute guère inférieur. Les progrès accomplis sont repérables à l'élimination de la disette, à l'amélioration des conditions sanitaires, à un recul sensible de la mortalité infantile et à un allongement de l'espérance de vie. Cependant, environ la moitié des enfants souffriraient encore de malnutrition chronique. De même, l'éducation semble pâtir du manque de moyens et de l'insuffisance d'un personnel enseignant sous-payé et peu motivé. Enfin, le retard des équipements urbains s'aggrave sous l'effet de l'exode rural. On estime ainsi qu'une bonne moitié de la population urbaine n'a pas accès à l'eau potable et vit à 3,1 personnes par pièce à Hô Chi Minh-Ville. D'immenses efforts restent donc à accomplir pour que les conditions de vie de la population s'améliorent de façon significative. Par ailleurs, les infrastructures héritées de l'époque coloniale ne répondent plus aux besoins. De grands efforts sont à faire en ce domaine, avec l'espoir toutefois que la levée de l'embargo américain (septembre 1993) et une normalisation non encore acquise des relations avec Washington permettront une aide accrue de la communauté internationale et des grandes banques de développement.
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Histoire
D'abord constitué au Tonkin, le Viêt-nam, au cours de sa longue histoire, a toujours cherché à s'étendre vers le Sud, tout en se défendant des visées expansionnistes de son puissant voisin du Nord, la Chine. Son unité nationale s'est forgée au terme d'une histoire jalonnée de guerres, de conquête ou de libération, dont les dernières – qui se sont étendues sur une période de trente ans (1945-1975) – ont été particulièrement ravageuses pour les populations civiles.
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La préhistoire
Les vestiges mis au jour sur le site de Nui-Dô (province de Thanh Hoa) attestent de la présence humaine sur le sol vietnamien depuis le paléolithique. Au néolithique (sites de Bac-Son et de Hoà-Bînh), le brassage, dans le delta du fleuve Rouge (Sông Hông), de tribus viêts, de Muongs et de populations chinoises et indonésiennes donna naissance au peuple vietnamien. À la fin du IIe millénaire av. J.-C. (date traditionnelle : 1042 av. J.-C.), apparaît la civilisation dite «des tambours de bronze», dont le principal site est Dông Son (au nord-est de Thanh Hoa); les objets découverts dans les fouilles témoignent des relations commerciales que les dynasties semi-légendaires des Cent principautés du Bach Viêt entretenaient alors avec la Chine du Sud et l'Indonésie. Au milieu du IIIe siècle av. J.-C. (date traditionnelle : 247 av. J.-C.), An-Duong, souverain de l'une de ces principautés, le Tây-Au (aujourd'hui le Yunnan), s'empara du royaume voisin du Lac-Viêt et l'annexa pour former le royaume du Au-Lac (contraction de Tây-Au et de Lac-Viêt), sur lequel il régna jusqu'en 208 av. J.-C. Sa capitale était établie à environ 20 km de l'Hanoi actuelle. En 258 av. J.-C., le royaume du Au-Lac fut à son tour intégré au Nam-Viêt, l'une des Cent principautés viêts des côtes du Tonkin, sur laquelle régnait la dynastie plus ou moins sinisée des Triêu.
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Mille ans de domination chinoise
Le Nam-Viêt, que les Chinois appelaient Nan yue guo (le «royaume des Yue du Sud») s'étendait jusqu'au 16e parallèle, aux environs de l'actuelle Da Nang. En 111 av. J.-C., le Nam-Viêt fut conquis par le général chinois Lou Po-to et incorporé à l'Empire des Han, qui établit une commanderie à Xiang (aujourd'hui Hanoi). La domination chinoise ainsi établie dura plus de 1 000 ans (jusqu'en 938 après J.-C.) et marqua profondément le Viêt-nam, tant au point de vue des techniques que de la culture et de l'organisation sociale et politique (fonctionnaires mandarins recrutés par concours, diffusion du confucianisme, du taoïsme, du bouddhisme, et de l'écriture par idéogrammes). Cette domination, bien qu'elle ait apporté au royaume viêtnamien les bienfaits d'une civilisation alors plus avancée, et lui ait ultérieurement permis de s'affirmer de manière autonome, fut ponctuée de cruels abus, qui furent à l'origine de nombreux soulèvements : le premier d'entre eux, en 39 apr. J.-C., fut mené par les deux sœurs Trung-Trac et Trung-Nhi, encore saluées aujourd'hui comme des héroïnes de l'indépendance nationale du Viêt-nam, et il fallut au général Ma Yuan («le général dompteur des flots») quatre années de guerre pour en venir à bout ; ce soulèvement fut suivi de nombreux autres, tels ceux de Triêu-Au en 248, de Ly-Bôn en 544, de Phùng-Hung en 793,... Les gouverneurs chinois de l'An-nam dô-hô-phu («Protectorat général de l'Annam») durent également s'opposer aux tentatives d'expansion vers le Nord du royaume hindouisé du Champa (le Lin-Yi des Chinois), fondé par les Chams en 192 dans la région de Huê, et qui contrôlait les territoires du centre et du sud du Viêt-nam actuel. La domination chinoise s'exerça cependant sur le Viêt-nam jusqu'en 939, date à laquelle Ngô-Quyên, vainqueur de la bataille de Bach-Dang, libéra le Nam-Viêt de l'emprise des Han du Sud. Sa mort, cinq ans plus tard, allait replonger temporairement le pays dans l'anarchie (période «des douze Su-quân») mais, en 968, le roi Dinh-Tiên-Hoàng parvint à reconstituer un empire unifié et indépendant, le Dai-Cô-Viêt. En 981, le Dai-Cô-Viêt repoussa victorieusement une dernière tentative des Song, mettant ainsi un terme définitif à la longue hégémonie que les Empires chinois et les royaumes de la Chine du Sud exerçaient sans interruption depuis plus de mille ans dans le bassin du fleuve Rouge et sur les côtes de l'Annam.
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Les dynasties nationales et la poussée vers le Sud
À la brève dynastie des Ngô (939-968) fondée par Ngô-Quyên, succéda ainsi celle des Dinh (968-980), puis celle des Lê antérieurs (980-1009) et, surtout, celle des Ly (1010-1225) et des Trân (1225-1400), qui jetèrent les bases de la puissance vietnamienne au terme d'importantes réformes: renforcement de l'autorité royale et amélioration de l'organisation administrative du pays. Édifiée sur le site actuel d'Hanoi par ordre de Ly Thai Tô, fondateur de la dynastie des Ly, Thang Long («le dragon qui s'envole») devint, en 1010, la capitale d'un État qui prit le nom du Dai Viêt. Le pays fut partagé en vingt-quatre provinces. La cour obéissait à une hiérarchie stricte, avec un double corps de mandarins, civil et militaire. La création d'une puissante armée nationale, fer de lance de la lutte contre le Champa, favorisa l'avancée progressive du Dai Viêt vers le Sud; dès le XIe siècle, les provinces de Quang Binh et de Quang Tri furent annexées. En outre, les Ly instaurèrent une législation écrite et apportèrent un soin particulier au développement économique. Aux Ly succédèrent les Trân (1225-1413) qui allaient œuvrer dans le même sens.
La consolidation de l'indépendance, le développement économique, la constitution d'un pouvoir centralisé sous les dynasties Lê, Ly et Trân permirent l'affirmation d'une culture nationale originale, bien qu'encore fortement influencée par la civilisation chinoise. Ces dynasties durent encore défendre leur territoire: les Ly contre les Chinois au XIe siècle, et les Trân contre les Mongols (1257, 1282, 1287). À la fin du XIVe siècle, une grave crise politique et sociale ébranla le pays; en 1406, les Ming en profitèrent pour lancer une armée de 200 000 hommes qui envahit le Dai Viêt et chassa le dernier souverain Trân. Mais cette occupation militaire du bassin du fleuve Rouge ne put être maintenue : dès 1418, un mouvement de libération souleva le pays contre l'occupant chinois, qu'il finit par rejeter du territoire en 1427. Le chef de ce soulèvement, Lê Loi, un propriétaire foncier, fonda la nouvelle dynastie des Lê postérieurs (1428-1789), qui connut son apogée sous le règne de Lê Thanh Tông (1460-1497). Celui-ci favorisa l'agriculture, développa le réseau de digues et de canaux, fixa le partage des terres communales, ce qui eut pour effet d'améliorer la production agricole. Avec la disparition des grands domaines, la centralisation administrative atteignit son plus haut degré, et la bureaucratie des mandarins bénéficia de nombreux privilèges. Pour servir cette administration, un appareil législatif fut institué en 1483 (code Hông Duc, premier code complet de l'histoire du Viêt-nam). Les frontières méridionales furent repoussées, grâce à une victoire décisive sur le Champa (1471), suivie d'une colonisation militaire (dôn diên) des territoires conquis, des plaines de l'Annam, de Quang Tri jusqu'au cap Varella; en outre, le Dai Viêt imposa sa suzeraineté aux royaumes laos du Mékong. La société féodale, sous les premiers rois Lê, au XVe siècle, connut un brillant essor, mais les souverains suivants ne purent faire face aux nombreuses révoltes et la décadence se manifesta de plus en plus au XVIIe siècle.
Nominalement, les rois Lê régnaient sur tout le pays, mais en réalité deux familles rivales se le partageaient: les Trinh dans le Nord (le futur Tonkin des Européens), les Nguyên dans le Sud, qui établirent leur capitale à Huê. De 1627 à 1672, le Nord et le Sud se livrèrent des guerres incessantes, qui laissèrent la victoire finale au Sud. Dans le Nord, les Trinh avaient établi une société très hiérarchisée, sur le modèle chinois. Les mandarins, qui concentraient la propriété foncière, soumirent les paysans à de durs impôts. Dans le Sud, les Nguyên organisèrent une société moins stricte. Ils achevèrent le démembrement du royaume du Champa, prirent Saigon en 1698; enfin, poursuivant leur expansion vers le Sud au détriment de l'Empire khmer, tombé en décadence, ils occupèrent le delta du Mékong. À la fin du XVIIIe siècle, la colonisation vietnamienne aborda les provinces du Transbassac, et le Cambodge passa progressivement sous le double protectorat des Thaïs, à l'ouest, et des Vietnamiens, à l'est, ces derniers devenant ainsi les maîtres de toute la région qui sera appelée Cochinchine par les Européens. Ceux-ci, missionnaires et commerçants, avaient commencé à s'établir dans le pays à partir du XVIIe siècle. Les Portugais, puis les Anglais et les Hollandais entrèrent en concurrence. Les missionnaires jésuites, notamment, se montrèrent très actifs; parmi eux, le père Alexandre de Rhodes contribua à la diffusion d'une écriture romanisée du vietnamien (le quôc-ngu). Mais les États vietnamiens n'accueillaient pas favorablement cette pénétration étrangère «des barbares impies de l'Ouest».
Si la situation des paysans était meilleure au sud qu'au nord, c'est pourtant dans le Sud qu'éclata une révolte populaire qui allait conduire à la réunification du Dai Viêt. En 1773, trois frères, appelés Tây Son, du nom de leur village, près de Qui Nhon, se révoltèrent contre les Nguyên; avec l'appui des Trinh, ils prirent Saigon et l'Annam, puis se retournant contre les Trinh, ils occupèrent Hanoi (1786). Les frères Tây Son, après avoir définitivement éliminé la dynastie Lê, se partagèrent le Dai Viêt; l'un d'eux, Nguyên-Huê, se proclama empereur sous le nom de Quang-Trung, et établit sa capitale à Hanoi. Mais, en ne procédant pas à une réforme agraire, les Tây Son déçurent les paysans qui les avaient soutenus, et ne purent s'opposer au retour au pouvoir, dans le Sud, d'un héritier des Nguyên. Celui-ci, Nguyên Anh, trouva un appui auprès d'un missionnaire français, Mgr Pigneau de Béhaine, pour reconquérir le pays; après avoir fait la conquête de la Cochinchine, il s'empara de Huê et de Hanoi, et mit en déroute les seigneurs du Nord et la dynastie des Tây Son (1786-1802).
L'événement est capital; sous le nom de Gia Long (1802-1820), Nguyên Anh devint le premier empereur vietnamien à régner sur un empire, qu'il nomma Viêt-nam, et qui s'étendait de la frontière chinoise au golfe du Siam (Thaïlande). Fondateur de la dynastie des Nguyên (1802-1945), Gia Long, après s'être assuré du soutien de la Chine, réorganisa et modernisa son État qui, bien que centralisé, respecta les particularismes des trois provinces: Tonkin, Annam, Cochinchine. Il fit construire des routes (dont la «route Mandarine»), des digues, des citadelles (notamment à Huê, sa capitale), des ports et procéda à une réforme agraire. Le Viêt-nam restait toutefois fortement sinisé : nouveau code, dit code Gia Long, inspiré de celui des Qing, confucianisme, taoïsme, culte des ancêtres, mandarinat, etc. Le règne de Gia Long marqua l'apogée de la puissance politique du Viêt-nam, qui dominait le Cambodge, et constitua une période de brillant essor culturel.
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La conquête française (1858-1896)
Les successeurs de Gia Long furent de bons administrateurs, mais les menaces extérieures ne tardèrent pas à se préciser avec l'intervention de la Grande-Bretagne en Chine (1842), qui fut contrainte d'ouvrir ses ports aux Occidentaux. Craignant une attaque semblable, le roi Tu-Duc (1848-1883) décida de fermer le Viêt-nam aux influences occidentales et autorisa la persécution des missions catholiques, suspectées d'être des agences de renseignement au service de l'étranger. La réaction de la France, qui désirait prendre pied en Indochine, ne tarda pas : en 1858, l'amiral Rigault de Genouilly, qui commandait l'escadre franco-espagnole faisant route vers la Chine, bombarda et enleva Tourane (Da Nang). L'année suivante, les Français s'emparèrent de Saigon et, en 1867, firent de la Cochinchine une colonie. Au nord, la recherche d'un accès à la Chine entraîna deux expéditions successives. Ainsi en 1883, la France occupa Huê; un traité de protectorat fut ensuite signé, et le pays fut bientôt divisé en trois parties: le Tonkin, l'Annam et la Cochinchine. Enfin, en 1887, la création de l'Union indochinoise (au Viêt-nam avait été joint le Cambodge, puis le Laos unifié) jeta les bases de la domination française sur l'Indochine (1887). Colonie d'exploitation, l'Union indochinoise fut considérée par la France comme le «fleuron de son empire».
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Montée du nationalisme et création du PCI (1896-1941)
La résistance à la colonisation française à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle fut principalement le fait des lettrés. Elle fut incarnée par deux hommes: le premier, Phan Boi Chan, réfugié au Japon avec un jeune prétendant au trône, revendiquait l'indépendance du pays au prix, si besoin était, d'une intervention armée étrangère; le second, Phan Chan Trinh, plus modéré, appelait la France à respecter plus strictement un régime de protectorat sans plus intervenir dans les affaires courantes du pays. Cette tendance réformiste céda le pas, à partir des années 1920, à des mouvements plus révolutionnaires: le parti national vietnamien et le parti communiste indochinois (PCI), fondé à Hongkong en 1930 par Nguyên Ai Quôc, le futur Hô Chi Minh, qui fut membre du parti communiste français (1920), puis du Komintern (1923). Mettant à profit la grave crise économique des années 1929-1930, qui toucha notamment l'agriculture de plantation, le PCI organisa de nombreuses manifestations et grèves; celles-ci furent sévèrement réprimées, et les principaux meneurs, parmi lesquels Nguyên Ai Quôc lui-même, furent arrêtés. Ayant ainsi rétabli l'ordre par la répression, le gouvernement français, face à l'évolution de la société vietnamienne, fut toutefois contraint de lâcher du lest: en 1932, il fit accéder au trône le jeune empereur Bao Dai, formé en France et de réputation réformiste. Les mesures engagées ne tardèrent pas à décevoir, sans pour autant remettre en cause la présence coloniale. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, la reprise économique était toutefois réelle : le pays possédait 14 000 km de routes asphaltées, 2 600 km de voies ferrées permettant de rallier aisément Hanoi à Saigon, des ports modernes, une agriculture de plantation de premier plan (hévéas, théiers) et une industrie qui se diversifiait. Les conditions de travail avaient été globalement améliorées, mais les salaires demeuraient très bas; plus de 80 % de la population était analphabète et, malgré des campagnes de vaccination, un enfant sur trois mourait au cours de sa première année. Ce développement, pour le moins contrasté, se traduisait néanmoins par la montée de nouvelles élites nationales, impatientes d'accéder au pouvoir politique.
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La Seconde Guerre mondiale et la guerre d'Indochine
À partir de 1941, la France, vaincue et occupée, ne peut se maintenir en Indochine, face au Japon, qu'au prix d'importantes concessions économiques et militaires, parmi lesquelles le droit d'utiliser de nombreuses bases navales et aériennes dans le pays. Le 9 mars 1945, après leur défaite dans le Pacifique, les Japonais prennent le contrôle militaire de l'Indochine et, par crainte d'être pris à revers, désarment les troupes françaises. Quelques mois plus tard, profitant de la capitulation japonaise, les forces du Viêt-minh («Front pour l'indépendance du Viêt-nam», créé par les communistes en 1941) passent à l'offensive et occupent Hanoi, où Hô Chi Minh proclame l'indépendance du Viêt-nam (2 septembre 1945). Cependant, la France, soutenue par les Alliés dans ses «droits souverains» sur l'Indochine, réinvestit immédiatement le Sud et décide de négocier avec le régime de Hanoi (fin 1945). La conférence qui se tient à Fontainebleau, au cours de l'été 1946, échoue. Cet échec entraîne du même coup la réoccupation militaire du Tonkin par l'armée française.
À partir de 1949, la victoire de Mao Zedong et l'avènement de la République de Chine populaire changent profondément les données politiques. Soutenues militairement, les forces du Viêt-minh passent à l'offensive. Pilonnées par l'artillerie du général Giap, les forces françaises, après une longue résistance, capitulent le 7 mai 1954 à Diên Biên Phu. Après ce désastre, le sort de la guerre est jeté. Signés à l'issue d'une conférence internationale, les accords de Genève (juillet 1954) mettent fin à la domination française et décident la partition provisoire du pays, de part et d'autre du 17e parallèle. Des élections sont prévues, préalablement à une unification projetée en 1956, mais on évoluera vite vers une séparation durable entre la République démocratique du Viêt-nam (RDVN), au nord, dirigée par Hô Chi Minh, et la République du Viêt-nam, au sud, d'abord dirigée par Bao Dai, puis, après sa déposition en octobre 1955, par Ngô Dinh Diêm.
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La guerre américaine (1954-1975)

Le cessez-le-feu institué dure peu. Au cours des mois suivants, les opérations militaires reprennent entre l'armée régulière du Viêt-nam du Sud et les opposants – principalement communistes – regroupés à partir de 1960 au sein du Front national de libération, ou «Viêt-cong», et soutenus par le Nord. Pour faire face aux attaques des Viêt-cong, le Premier ministre, Ngô Dinh Diêm, fait appel, à partir de 1960, à l'aide militaire des États-Unis, qui envoient d'abord des conseillers spéciaux, puis des troupes, de plus en plus nombreuses à mesure que la situation militaire se dégrade. En 1968, le corps expéditionnaire américain comprend près de 600 000 hommes qui peuvent compter sur leurs bases arrière thaïlandaises et philippines. La rupture sino-soviétique, en 1960, affaiblit la position d'un Viêt-nam du Nord, qui refuse de s'aligner sur Moscou ou Pékin mais continue à réclamer l'aide de ces deux capitales. De plus, le conflit vietnamien, en se régionalisant (il est porté au Laos, puis au Cambodge, en 1970, par les Américains et les Sud-Vietnamiens), devient l'un des théâtres majeurs de la guerre froide. En dépit de la puissance de feu et des intenses bombardements américains sur le Nord, la guerre s'enlise et suscite la réprobation d'une partie importante de l'opinion publique américaine et internationale. L'offensive viêt-cong du Têt, qui manque emporter Saigon fin janvier 1968, décide les Américains à engager des pourparlers directement avec Hanoi; ces négociations, longtemps tenues secrètes, aboutissent, en janvier 1973, aux accords de Paris au terme desquels les Américains s'engagent à évacuer militairement le Viêt-nam. Ces accords, en même temps qu'ils mettent fin à l'intervention directe des États-Unis, reconnaissent deux autorités au Viêt-nam du Sud : le gouvernement de Saigon et le Viêt-cong, sous le nom de Gouvernement révolutionnaire provisoire (GRP), chacun contrôlant ses propres zones. En fait, la guerre reprend presque aussitôt entre les deux parties. Pour peu de temps cependant, car, en janvier 1975, le GRP, appuyé par les forces du Nord, lance une offensive finale qui s'achève, le 30 avril, par la prise de Saigon (rebaptisée aussitôt Hô Chi Minh-Ville). En juillet 1976, la nouvelle Assemblée nationale proclame la réunification du pays, sous le nom de République socialiste du Viêt-nam.
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La réunification et la reconstruction
Le Viêt-nam réunifié doit faire face aux immenses ravages de la guerre: des millions de morts, de personnes déplacées (infirmes, orphelins, réfugiés, déclassés). Le gouvernement engage le Sud dans la voie du socialisme: nationalisation des entreprises privées et du secteur bancaire, contrôle du commerce, collectivisation des terres... Cette politique, jointe pour beaucoup à la crainte d'un exil dans les «nouvelles zones économiques rurales» (sur les hauts plateaux), entraîne l'exode, souvent tragique, de centaines de milliers de personnes par la mer (les boat people).
Sur le plan de la politique extérieure, le Viêt-nam, aligné sur l'Union soviétique dont l'aide lui était indispensable, s'est vite heurté à la Chine. Sa victoire de 1975 poussa Hanoi à étendre son influence politique sur les pays de l'ex-Indochine française. Fin 1978, prenant le prétexte d'incidents frontaliers, l'armée vietnamienne envahit le Cambodge, en proie au génocide perpétré par le gouvernement des Khmers rouges (soutenus par la Chine), et impose à Phnom Penh un gouvernement dirigé par Heng Samrin. Mais l'aventure tourne court en raison de la vigoureuse résistance armée khmère, soutenue par la Thaïlande et la Chine, et du désaveu de la communauté internationale face à l'établissement de ce protectorat de fait sur le Cambodge; par ailleurs, la Chine intervient militairement dans le nord du Viêt-nam en 1979 et en 1987. La situation intérieure empirant, Hanoi fut forcée, à partir de 1984, de retirer peu à peu ses forces du Cambodge. La situation économique était en effet devenue catastrophique; en 1986, le VIe congrès du parti communiste propose un programme de rénovations, le Dôi Moi; il s'agit d'avancer vers l'économie de marché et de démocratiser la société. Cette libéralisation de l'économie s'accentue encore après l'effondrement du communisme dans l'Europe de l'Est, au début des années 1990. L'écroulement de l'URSS rend le soutien russe de plus en plus faible; en 1991, la Russie se désengage totalement du Viêt-nam ; à partir de 1992, celui-ci entreprend de renouer des contacts diplomatiques et commerciaux avec la France, l'Europe occidentale et les États-Unis (qui, le 3 février 1994, lèvent l'embargo commercial qu'ils imposaient au pays depuis 1975), et le pays s'ouvre à nouveau au tourisme et aux investissements étrangers. Le Viêt-nam adhère alors à l'ANSEA (1995). En juillet 1996, Do Muoi, secrétaire général du parti, Lê Duc Anh, chef de l'État, et Vo Van Kiet, Premier ministre, ont été réélus à l'issue du VIIIe congrès du parti communiste. Le 25 septembre 1997, Trân Duc Luong, vice-Premier ministre depuis 1987, est élu pour cinq ans à la présidence de la République, et nomme Phan Van Khai à la direction du gouvernement. Faute de profondes réformes structurelles de son économie, le pays accroît en 1999, son retard par rapport aux économies de la région, qui renouent avec la stabilité, après avoir subi le contrecoup de la crise asiatique. Par ailleurs, le gouvernement de Phan Van Khai, confronté à l'aggravation du malaise social engendré par une corruption généralisée et des taxes de plus en plus lourdes à acquitter, annonce le lancement d'une nouvelle campagne de lutte contre la corruption, semblable à celle qui avait précédé en 1985-1986, l'ouverture du pays aux investisseurs étrangers et aux touristes.
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État et institutions
Le Viêt-nam est une République socialiste au parti unique. Reprenant celle de 1980, la Constitution de 1992 confirme les orientations socialistes du pays, mais, outre l'abandon de la notion de «dictature du prolétariat», elle modifie sensiblement l'organisation des pouvoirs. L'Assemblée nationale (395 députés élus pour cinq ans au suffrage universel), dont le rôle politique était jusqu'alors tenu par son Praesidium, le Conseil d'État, est dotée de pouvoirs accrus avec la dissolution de ce dernier organisme et la présence de députés à plein temps, ce qui devrait permettre une discussion plus ample des projets de loi. L'exécutif est aussi renforcé, avec pour principale nouveauté un président de l'État, élu par l'Assemblée nationale pour cinq ans. Il nomme les hauts fonctionnaires en accord avec l'Assemblée nationale et dispose d'un droit de veto suspensif sur les projets de loi. Par ailleurs, il est le chef des armées et responsable de la défense nationale, mais l'Assemblée nationale et le gouvernement ont également de larges compétences dans ces domaines. En fait, ses pouvoirs, bien qu'étendus, sont assez mal définis.


Le Premier ministre, également élu et responsable devant l'Assemblée nationale, nomme les ministres (ce qui lui permet de faire appel non à des politiques mais à des techniciens) et dirige avec le gouvernement l'administration et les affaires courantes du pays. Le renforcement des pouvoirs de l'exécutif est sensible, même s'il ne remet pas en cause la primauté du parti communiste, qui reste maître des grandes orientations politiques du pays: le pluripartisme n'est toujours pas à l'ordre du jour.
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Culture et civilisation - Arts
La civilisation de Dông Son, caractérisée par la qualité et la diversité du travail du bronze, tambours (objets de culte), parures, urnes funéraires, marque la naissance d'une culture artistique au Viêt-nam avant la domination chinoise (111 av. J.-C.) et le développement d'un art sino-vietnamien. Parallèlement, se développe dans le centre du pays une civilisation où l'influence indienne est prédominante, celle du Champa, qui atteint son plein épanouissement entre le VIIe et le Xe siècle; cet art se distingue par la sophistication de la maçonnerie de ses tours de briques et ses étonnantes statues en grès, sculptées dans les temples hindouistes ou bouddhiques. L'art national, influencé ainsi par la Chine et l'Inde, se développe avec l'indépendance recouvrée (939). En architecture, les toitures et les charpentes sont abondamment sculptées, contrairement à la charpente chinoise qui était avant tout laquée. Les temples expriment particulièrement cette autonomie. Plus tard, surtout du XVIIe au XIXe siècle, le génie vietnamien s'exprime dans l'édification des maisons communales (dinh), construites sur pilotis et dédiées aux génies protecteurs des villages, où se concentre toute la vie religieuse et sociale de la communauté, et qui perpétuent les traditions. Au XIXe siècle, la construction du palais de Huê et des tombeaux impériaux reflète un retour à une certaine influence chinoise. L'art de la laque (qui prit son essor au XVe siècle) et celui de la céramique, également influencés par la Chine, retrouvent une plus grande originalité lorsqu'ils émanent d'artisans qui ne travaillent pas pour la cour.

Littérature

Tous les grands arts classiques – peinture, sculpture, architecture, céramique, travail de la laque – témoignent de techniques et de sources d'inspiration d'origine chinoise, même si les sentiments profonds exprimés sont vietnamiens. De même, la pensée confucéenne a fortement influencé et continue de marquer la mentalité vietnamienne.

En revanche, la littérature s'est développée de façon plus originale en raison de la romanisation de l'écriture intervenue dès le XVIIe siècle. Cette nouvelle écriture, qui s'est développée à partir de l'époque coloniale, a favorisé la pénétration des influences occidentales, notamment françaises, au moins jusqu'en 1954, que ce soit dans le roman, la poésie ou encore le théâtre.


La littérature orale du Viêt-nam a précédé la période de domination chinoise et n'a pas cessé de se développer durant celle-ci. Proverbes, dictons, contes et chansons populaires ont donc joué un rôle capital dans l'élaboration d'une riche littérature nationale, où la poésie domine. D'expression uniquement chinoise et réservée aux lettrés jusqu'au XIIIe siècle, la littérature vietnamienne s'accompagne alors d'une nouvelle écriture démotique, le nôm, plus populaire. Parmi les auteurs de langue chinoise, citons Ly Thuong Kiêt, Trân Quôc Tuân, Nguyên Trai (Proclamation sur la pacification des Ngô), Dang Trân Côn (la Plainte de la femme du guerrier) et Nguyên Binh Khiêm, qui écrivit également en nôm. Poésie mais aussi romans et élégies caractérisent les écrivains qui s'expriment en nôm: Doan Thi Diêm, Phan Huy Ich, Nguyên Du, auteur du célèbre Kim Vân Kiêu, Nguyên Dinh Chieu et Cao Ba Quat. Au XVIIe siècle, les missionnaires introduisent une écriture romanisée du vietnamien (le quôc-ngu), qui va favoriser un renouveau littéraire au XIXe siècle et, surtout, dans la première moitié du XXe siècle. Signalons, parmi tant d'autres: les précurseurs Truong Vinh Ky, Pham Quynh; le mouvement littéraire TuLuc-Van Doan et celui dit «Poésie nouvelle»; les poètes et romanciers Tan Da, Thê Lu, Han Mac Tu, Xuân Diêu, Chê Lan Viên, Ngô Tât Tô, Vu Trong Phung, Khai Hung, Nhât Linh et l'essayiste et lexicographe Dao Duy Anh. À partir de 1945, la lutte pour l'indépendance s'accompagne d'une littérature à dominante patriotique avec Tô Huu, Trân Dân, Phung Quan. Citons également parmi les écrivains du Sud ou ayant émigré au Sud (entre 1954 et 1975): Vu Hoang Chuong, Bui Giang, le caodaïste Hô Huu Tuong et l'essayiste Nguyên Van Trung (né en 1930). Dans les années 1980, de jeunes auteurs retiennent l'attention: Duong Thu Huong (Histoire d'amour racontée avant l'aube, 1991; les Paradis aveugles, 1991; Roman sans titre, 1992; Au-delà des illusions, 1996; Myosotis, 1998), Nguyên Huy Thiêp (Un général à la retraite, 1991; le Cœur du tigre, 1993), Phan Thi Vang Anh (Quand on est jeune, 1996), Pham Thi Hoai (la Messagère de cristal, 1991; Menu de dimanche, 1997), Nha Ca (Les canons tonnent la nuit, 1997), Nguyên Quang Thiêu (la Fille du fleuve, 1998; la Petite Marchande de vermicelle, 1998), Nguyên Quang Lâp (Fragments de vie en noir et blanc, 1998), Bao Ninh (le Chagrin de la guerre, 1994), Ho Anh Thai (l'Île aux femmes, 1997).
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Musique
La musique traditionnelle vietnamienne, influencée par les Chinois, les Chams et les Khmers, a gardé néanmoins un style propre; la mélodie de la musique chorale doit ainsi correspondre aux tons de la langue vietnamienne (elle ne peut descendre sur un ton montant de la langue). De même, le violon monocorde et la cithare vietnamienne sont des instruments typiques. On distingue trois grandes catégories: la musique savante (de cour et de rites); la musique vocale populaire (berceuses, chants d'amour, de fête, de travail, de cérémonies); la musique de théâtre et de scène, pouvant, comme celle des marionnettes sur eau, issue du théâtre populaire, gagner les faveurs de la cour. Par ailleurs, chaque minorité ethnique possède ses propres instruments de musique et ses traditions musicales. De nos jours, l'influence du modèle occidental se mêle au désir de maintenir la tradition.
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Cinéma
Peu connu encore à l'étranger, le cinéma vietnamien a gagné une renommée internationale grâce au jeune cinéaste franco-vietnamien Tran Anh Hung avec l'Odeur de la papaye verte (1993), Cyclo (1995) et À la verticale de l'été (2000).
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La carte du Vietnam
Les cartes